Janvier 2016

Entrer dans l’intimité d’un artiste est toujours un moment exaltant !

 

KIM Chunhwan vit avec sa femme et ses 2 fils dans un pavillon de St Maur où une grande surface est consacrée à son atelier. 
Nous nous dirigeons vers une première pièce lumineuse habillée de quelques œuvres : nous sommes reçues dans cet espace de travail meublé avec le strict minimum.
La présence d'un tourne-disque l’amènera à mentionner son goût pour la musique pop et classique et pour les vinyles qu’il collectionne.

 

Avant de commencer notre échange, la visite se poursuit dans un entrepôt qui abrite quelques oeuvres de grand format ainsi qu'une oeuvre commandée par un citoyen américain, une Maryline de papier en noir & blanc, aussi vraie que nature,  réplique d'une oeuvre que Chunhwan a exposée à la Galerie Ethan Cohen (New York) en 2012. 

Chunhwan est un homme très discret dont nous ne connaissons pas grand-chose…

Flashback rapide sur son parcours.

Il évoque brièvement son enfance, influencée par l'activité d'un père menuisier dont les rebus étaient (déjà !) récupérés par le jeune artiste qui en faisait des jouets et des bateaux. De son apprentissage du dessin au collège, puis à l’université, il se souvient avoir peint des paysages et des visages avant de mettre fin à la figuration en 1980, date qu'il mentionne avec sérieux.
En 1995, Chunhwan arrive en Europe et trouve à Paris cette ambiance qui convient bien à son caractère réservé.

Le collage ?
il y arrive un peu par hasard dit-il, tout simplement en s’intéressant à des revues entassées chez un ami. Coup d'oeil sur notre société de consommation.
« Je vis dans la société de consommation et je dois réfléchir à ma façon de vivre.  Je ramasse les papiers pour leur épaisseur, leur couleur, leur matérialité. Une recherche sur moi-même, une façon de vivre. Mon travail est une proposition ».

L'artiste s'approvisionne dans les brocantes, auprès de ses voisins qui lui font passer leurs magazines usagés, magazines de mode, de rêve, papier glacé, lisse et coloré …, tous sont soigneusement stockés par petites piles alignées le long des murs de son atelier.  

L'inspiration ? « Lorsque j’ai une idée, le choix de la couleur et donc le choix des pages, le type de pliage (6 ou 7 types de pliages différents)... tout celà s'opère selon un processus d’improvisation qui se met en place naturellement et alors c’est parti pour 3 à 4 semaines de travail !

Les pages des revues choisies sont enduites de colle et, une fois séchées, elles sont pliées, fixées et éventuellement coupées".

Le pliage est une façon de créer qui interroge. Idéalement, on aimerait suivre le mouvement de ses mains lorsqu'elles saisissent le papier. Chunhwan n'hésite d'ailleurs pas à nous montrer comment il procède.
A notre question sur la possibilité de toucher les "toiles", il répond que "oui ! l'art se découvre par le toucher, même si, en Corée, comme en France les œuvres ne se touchent pas".
Il nous précise aussi que de ces magazines, rien n’est perdu, ni la poussière ni les chutes de papier, tout est récupéré et stocké dans de petits sacs qui serviront à d'autres créations. En effet, les petits sacs triés par couleur dominante sont là, alignés le long des murs.

La Corée ? il y retourne presque tous les ans entre avril et juin et cette année 2016, il sera à Séoul pour l’accrochage d’une exposition personnelle.
L'art en Entreprise ? "ce qui m'intéresse, c'est l'accès à l'art ! "

C'est sur une tasse de thé coréen fumé avec petits gateaux fourrés à la crème de haricot rouge, que s'achève cette entrevue : brève, un échange de peu de mots, mais intense.

Le mot de la fin : Le sentiment d’être entré dans l’univers secret d’un grand artiste !

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