Janvier 2016

Recontre avec un grand artiste !


Nous pénétrons chez l’artiste. Sol blanc, murs blancs. La lumière entre généreusement dans ce charmant atelier-appartement où nous sommes conviées avec café et gâteau autour d’une grande table de verre et son piétement d’un beau marbre gris sculpté. Nadine m’avait dit « regarde les pieds de la table, c’est Tetsuo ». 

En préambule à cet interview, Annie, nous dresse le portrait de la famille Harada, nous dit tout son attachement à la terre (fille d’agriculteur), son expérience de la bi culturalité du couple « s’appuyer sur les points forts et les qualités de chacun ». On sent une grande ouverture d’esprit chez cette mère de 2 garçons qui croit fermement en l’instinct qui fait naître la vocation. Chez les Harada, on peut dire que l'instinct mène à la passion : César, le fils cadet, expose son Invention | Design : nettoyer la mer ! (Arts & Métiers).

« Je vis avec la sculpture, du matin au soir ». Pull marin, chevelure grisonnante et regard profond, Tetsuo Harada est un passionné exigeant. Un homme qui, constamment, cherche à mieux faire, à apporter quelque chose à la société. Un homme dont l'œuvre s’est nourrie de la volonté de faire passer un message d’amitié et de paix. Le citoyen du monde Harada ne cache pas s’être interrogé sur le sens à donner à son union avec une française. Réflexion dont il dit qu’elle est à l’origine de cette forme d’anneau très présent dans son œuvre. Un anneau qui entre à un bout de la terre (Japon) pour ressortir à un autre bout (France). Un anneau de continuité, une maille qui relie les pays, les hommes... un vaste "tricot de la terre"

Vos œuvres les plus marquantes ? « Il y a des sculptures qui marquent un moment de vie, comme le barrage, qui a duré 6 ans ! ». A cet égard, il souligne que son rapport avec l’humain est plus difficile qu’avec la pierre :" La pierre m’écoute, je suis en symbiose avec elle depuis que j’ai 18 ans !

A 21 ans j’ai commencé à sculpter des granits de 4 tonnes. Avant j’avais peur, cela m’impressionnait. Le bloc de granit ne limite pas le geste. J’adore la taille directe car je vois, je sens que cette forme-là va être contente dans ce bloc et c’est bien pourquoi j’investis dans des blocs de granit d’avance que je choisis en fonction de ce que je veux sculpter. Je n’aime pas manquer de matériau, si je me loupe, je change ».

Votre regard sur notre société ? « La société est devenue violente, notre présence d’artiste est importante. L’Art est important. Etre content de pouvoir continuer ce que l’on fait. Partager et offrir du plaisir aux autres. J’ai de la chance d’être accepté en France ».

L’art en entreprise ? « Je suis né dans une famille d’entrepreneur. Au Japon, ceux qui aiment l’art, le soutienne. Mes amis japonais me soutiennent, m’aident. Les artistes et les entreprises ont en commun de passer des messages, d’être en symbiose pour passer ses messages aux suivants. La sculpture y contribue par le toucher, le coté physique, sensuel. Par ses formes, ma sculpture invite à toucher, sentir, c’est ce moment-là qui est intéressant. La sculpture vit dans un espace, elle vit avec les hommes, c’est ainsi qu’elle prend vie ». 

Votre prochaine sculpture ? « Un tronc d’arbre en iroko, bois noir d’Afrique. Je suis repassé devant ce tronc dans mon atelier en Beauce et j’ai eu envie de m’en occuper. Polir la pierre est long, j’ai besoin de varier mes occupations, peindre... j’ai plusieurs projets d'oeuvres en même temps ». Puis Tetsuo nous emmène dans son atelier où sont exposées quelques-unes de ses sculptures. « Prière de toucher » nous découvrons, à l’aveugle, la douceur du marbre, de l’albâtre, les courbes, creux, bosses, la rondeur, le contraste, la rugosité du granit...

Le mot de la fin : Un moment de partage intense ! 

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