« [...] Lorsque les artisans d’autrefois enduisaient de laque ces objets, lorsqu’ils y traçaient des dessins à la poudre d’or, ils avaient nécessairement en tête l’image de quelque chambre ténébreuse et visaient donc, sans nul doute, l’effet à obtenir dans une lumière indigente ; s’ils usaient de dorures à profusion, on peut présumer qu’ils tenaient compte de la manière dont elles se détacheraient sur l’obscurité ambiante, et de la mesure dans laquelle elles réfléchiraient la lumière des lampes. Car un laque décoré à la poudre d'or n'est pas fait pour être embrassé d'un seul coup d'œil dans un endroit illuminé, mais pour être deviné dans un lieu obscur, dans une lueur diffuse qui, par instants, en révèle l'un ou l'autre détail, de telle sorte que, la majeure partie de son décor somptueux constamment caché dans l'ombre, il suscite des résonances inexprimables [...] »Eloge de l’ombre, TANIZAKI Junichirô.

Le «Kintsugi» ou «Jointure d’or» est une technique japonaise d’artisanat traditionnel consistant à restaurer des céramiques brisées en utilisant une laque végétale «Urushi» que l’on saupoudre d’or, d’argent ou bien encore que l’on colore à l’aide de pigments naturels.

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Vers le XV ème siècle, les céramiques brisées, qui étaient auparavant envoyées en Chine pour réparation, furent restaurées par les artisans japonais qui avaient mis au point de nouvelles techniques de restauration. Aujourd’hui, ces techniques sont toujours utilisées au Japon, comme dans d’autres pays, par des artisans spécialisés et des artistes contemporains.

Les pièces brisées sont tout d’abord recollées avec la laque «Urushi» et les nervures ainsi formées sont ensuite décorées ou laissées telles quelles. Lorsqu’elles sont décorées, différents matériaux peuvent être utilisés : l’or, l’argent, le cuivre, le bronze.

L’art du «Kintsugi» se décline en plusieurs techniques, selon l’état dans lequel se trouve la céramique endommagée. Si l’on dispose de tous les éléments d’une pièce et qu’ils sont en bon état, on reconstitue la céramique selon la technique du «Tomotsugi», en assemblant tous les morceaux. Si des fragments de la céramique sont manquants, on peut appliquer le «Makienaoshi» ou le «Yobitsugi».

La technique du «Makienaoshi» consiste à remplacer la pièce manquante par de l’or, qui constitue un décor ou des motifs répondant à ceux de l’objet. Le «Yobitsugi» consiste à sélectionner un fragment provenant d’une autre céramique, en harmonie avec l’objet à réparer, afin qu’il prenne la place de la partie disparue. Comme on dit de ces pièces aux origines différentes "qu’une fois assemblées, elles ne se séparent plus", les «Yobitsugi» ont souvent été offerts en tant que présents nuptiaux.

Le «Kintsugi» insuffla par la même une nouvelle approche esthétique, intimement liée au concept de «Wabi Sabi», selon lequel une certaine forme de beauté et de raffinement peut être trouvée dans la simplicité austère, l’aspect ancien et l’imperfection. La philosophie du «Wabi Sabi» est très appréciée des adeptes de la cérémonie du thé qui appellent la partie restaurée d’une céramique le «paysage».

Le «Kintsugi» est un art à part entière, porteur d’un esprit et d’une esthétique uniques.
La céramique brisée, au lieu d’être jetée comme un vulgaire objet hors d’usage, est «soignée». Ainsi restaurée, transcendant ses imperfections, elle renaît d’une beauté nouvelle, mettant en avant ses «cicatrices», seuls témoignages de son histoire et de son passé, qui en font une véritable œuvre d’art.

 translatedvases © Yeesookyung, Translated vases, 2009

Sources :

http://annacolibri.com/wp-content/uploads/2013/02/Flickwerk_The_Aesthetics_of_Mended_Japanese_Ceramics.pdf

 

 

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