‘’Même le ‘’Washi’' nouveau possède une certaine maturité. Les fibres dansent à sa surface comme les nuages dans un grand morceau de ciel’’. SUKEY Hughes, artiste

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©福井県和紙工業協同組合

Le ''Washi'': naissance d’une tradition papetière au Japon

Le ‘’Washi’' (littéralement ‘’papier japonais’’) est un papier fabriqué au Japon de manière traditionnelle, à la main, depuis le VII ème siècle. Si la technique de fabrication du papier est réputée avoir été transmise au Japon par la Chine, via la Corée, dans les années 600, les artisans japonais ont rapidement expérimenté l’utilisation de différentes fibres végétales et ont développé leurs propres techniques de fabrication, ce qui leur a permis d’élaborer un papier unique, aux propriétés et usages multiples.

Un produit de la Nature, perfectionné par la tradition

Il existe au Japon de très nombreuses sortes de ‘’Washi’', ceux-ci sont classés et nommés en fonction de leur région de fabrication, des fibres à partir desquelles ils sont produits ou encore des usages auxquels ils sont destinés.
Le ‘’Kôzoshi’’, le ‘’Ganpishi’’ et le ‘’Mitsumatashi’’, obtenus grâce à différents types d’arbres à papier, sont les trois sortes de papiers japonais les plus célèbres et les plus prisées.

Le ‘’Kôzo’’ est un papier légèrement rugueux et extrêmement solide, fabriqué à partir de l’écorce du mûrier à papier. C’est à partir de ‘’Kôzo’’ que l’on crée le ‘’Danshi’', un papier crêpé, d’un blanc pur et de haute qualité qui fut très prisé par l’aristocratie japonaise de la période antique.
Le ‘’Ganpi’’, naturellement brillant et doux, est le ‘’magnifique papier’’, dont les femmes de l’aristocratie de l’ère Heian (794-1185) gardaient toujours une liasse glissée dans leur vêtement et sur lequel elles aimaient à tracer l’ébauche de leurs poèmes.
Le ‘’Mitsumata’’ est un papier doux et élastique qui a été élaboré au XVI ème siècle. Il est toujours utilisé de nos jours pour l’impression des billets de banque japonais.

Outre ces fibres, dont l’utilisation pour fabriquer du papier est propre au Japon, une technique traditionnelle développée dès le VIII ème siècle, le ‘’Nagashizuki’’, est l’élément qui donne au ‘’Washi’' sa spécificité. Cette technique complexe permet de créer un papier très solide, à la longévité extraordinaire.

Le ''Washi'', un papier étonnant aux multiples usages

Matière unique aux propriétés riches et variées, le ‘’Washi’' a longtemps fait partie intégrante du quotidien des japonais. Par sa solidité, ses qualités esthétiques et sa texture unique, il offre bien-sûr un formidable support pour la calligraphie et la gravure. Laqué ou recouvert de matière imperméabilisante comme le jus de Kaki, il a été utilisé pour fabriquer des vêtements, les ‘’Kamiko’’, mais aussi des parapluies. Il est également un élément central de l’intérieur japonais traditionnel puisqu’on l’utilise dans la fabrication des cloisons modulables ‘’Shôji’’. Ces panneaux composés de feuilles de ‘’Washi’' encadrées de bois laqué, dissimulent ce qui se trouve derrière eux, n’en laissant voir que les ombres et, filtrant la lumière, ils recréent une luminosité douce et naturelle qui laisse s’exprimer la beauté, les couleurs et les textures des éléments du mobilier.

Le ‘’Washi’', souvent désigné par les adjectifs ‘’Fin, solide et beau’’ (‘’Usui, Tsuyoi, Utsukushii’’), reste encore aujourd’hui un support très prisé du luxueux artisanat d’art japonais. Teinté, paré de particules de mica qui le font scintiller, recouvert de feuilles d’or et d’argent, marbré d’encres de couleur selon la technique du ‘’Sumigashie’’, il magnifie les poèmes, couvre les livres, et décore éventails, panneaux d’intérieurs et paravents.

Une matière vivante qui se réinvente sans cesse

Le ‘’Washi’' a occupé une place très importante dans la culture et l’artisanat japonais jusqu’à la fin du XIX ème siècle, lorsque les techniques mécanisées de fabrication du papier ont été introduites dans le pays. Aujourd’hui une grande quantité des fibres végétales à papier doivent être importées afin de pallier au manque et la papèterie, délaissée par la jeunesse, est un artisanat qui a perdu en dynamisme. Le gouvernement japonais ainsi que de nombreuses associations d’artisans entreprennent cependant de plus en plus d’actions visant à préserver les traditions ancestrales de fabrication du ‘’Washi’', dont trois types ont d’ailleurs été inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2014.
De nombreux artistes contemporains, japonais et internationaux, accordent eux aussi toute leur attention au ‘’Washi’'. Séduits par ce matériau vivant et organique, décorateurs d’intérieur, calligraphes, graveurs et plasticiens réinventent le ‘’Washi’' de mille manières, lui permettant d’exprimer sa beauté naturelle à travers des créations innovantes, respectueuses des traditions et témoins des préoccupations artistiques actuelles.

Cette démarche est également celle d’Hiroko Hori, une artiste plasticienne que vous présente DRIMART Paris. Ses œuvres fluides, qui laissent s’exprimer les matières qui les composent comme le papier, la terre et l’encre, transmettent son univers unique et se fondent harmonieusement dans les lieux qu’elles habillent. Ses œuvres sont un hommage à l’histoire et au temps.

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                       TSUMUGU, installation "in situ", réalisée en avril 2016 pour DRIMART Paris à la Maison de Kiso à Paris.

Sources:

SUKEY, Hughes, Washi, The World of Japanese Paper. U.S Kodansha International, 1978.

PAIREAU Françoise, Papiers Japonais. Adam Biro, 1997.

http://www.nippon.com/fr/features/jg00083/

 

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