"L’acte de modeler la terre est presque aussi ancien que le besoin d’inhaler et de nous abreuver de tout ce qui nous entoure". Extrait de l’ouvrage collectif La terre est si lumineuse.

 Au Japon, la céramique, cette argile modelée et cuite à plus ou moins haute température, a longtemps été désignée sous le terme de "Yakimono" (littéralement: "objet cuit"). Aujourd’hui on préfère à celui-ci l’appellation "Tôjiki" qui englobe les deux catégories principales de céramiques japonaises: la terre cuite qui est poreuse, cuite à basse température et non vitrifiée et les pâtes dures, opaques et serrées que sont le grès et la porcelaine dure. Objet utilitaire ou oeuvre d’art, elle a toujours fait partie intégrante du quotidien des Japonais.

La céramique des temps anciens: de la terre cuite au "Sueki"

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Jarre Sueki décorée. VI ème siècle. 

La céramique japonaise est très ancienne, selon de récentes découvertes archéologiques, les premières traces de cet artisanat dateraient du début de l’ère Jômon ( -10 500 à -300 avant notre ère). Malgré un savoir-faire technique relativement primitif, les artisans de cette époque nous ont laissé des pièces uniques au monde, étonnantes, surtout par leur originalité. Les céramiques du Jômon sont des terres cuites, modelées à la main et cuites à basse température dans des fours ouverts. Dépourvues de « couverte » (nom donné au revêtement des céramiques), elles sont néanmoins décorées de façons très diverses. Le décor dominant durant cette époque est le motif cordé ("Jômon") qui a donné son nom à la période et qui est réalisé à l’aide d’une cordelette enroulée autour d’un bâton et apposée sur l’argile encore fraîche. Vers le milieu de la période apparaissent les spectaculaires vases "Katsusaka" aux décors en relief dits "de flammèches". Durant les époques suivantes de nouvelles techniques arrivent au Japon de l’actuelle Corée et durant l’ère des Grandes Sépultures, Kofun (250-538), la céramique "Sueki" se développe. Cette céramique, uniquement utilisée dans un contexte cultuel, est cuite à haute température grâce à l’utilisation des premiers fours couverts appelés "Anagama" et présente un corps gris, souvent décoré d’une couverte naturelle à base de cendres de bois qui se sont déposées durant la cuisson.

La céramique de l’antiquité: influences chinoises et créations japonaises

Au VI ème siècle, la culture de la Chine des Tang rayonne sur l’ensemble de l’Asie de l’Est et la céramique japonaise se nourrit de son influence. Dès l’époque de Nara (646-794), la technique de la couverte appliquée et colorée est introduite au Japon, ce qui permet aux potiers de mettre au point une grande variété de décors. Les artisans japonais élaborent des céramiques à base de couverte verte, jaune-brune et blanche appelées "les Trois Couleurs de Nara". En raison de l’engouement de l’aristocratie de la cour de Heian pour les porcelaines d’importation chinoise et en particulier pour les porcelaines blanches et les céladons, les potiers japonais élaborent des grès ressemblant à celles-ci, les "Aoshi", qui possèdent un revêtement monochrome vert d’eau et les "Shirashi", des grès à couverte alcaline blanche, surtout produits dans la région de Sanage (préfecture d’Aichi).

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''Unohanagaki''. ''Chawan'' Seto. Trésor National. Fin XVI ème siècle. 

L’époque médiévale: l’âge d’or de la céramique

Durant la longue période du Moyen-Âge, la céramique voit ses formes se renouveler et génère un engouement sans précédent. L’un des plus importants centres de production de céramique à cette époque est Seto (préfecture d’Aichi). Le four de Seto produit des grès à couverte appliquée de grande qualité, prisés par l’aristocratie et les religieux et, dès la fin du XIII ème siècle, par les maîtres de thé. A la fin du XVI ème siècle la cérémonie du thé, que pratiquent avec passion les guerriers et les riches marchands, atteint son apogée.  

Si dans les premiers temps, les ustensiles utilisés lors de la cérémonie du thé étaient exclusivement importés de Chine, les maîtres de thé élaborent peu à peu une esthétique propre au Japon, raffinée, dénuée d’ostentation et recherchant la beauté dans l’imperfection et la patine. Les potiers créent alors des céramiques exclusivement destinées à la cérémonie du thé, possédant une grande singularité et présentant des surfaces irrégulières. Celles-ci transforment la dégustation du thé en un exercice de contemplation esthétique qui mobilise les cinq sens.Elaborés sous l’impulsion de potiers Coréens arrivés au Japon à la fin du XVI ème siècle, trois nouveaux styles de céramiques auront la faveur des maîtres de thé: les styles "Raku", "Hagi" et "Karatsu". Les familles d'artisans à l’origine de ces stylesde grès produiront des bols à thé (''Chawan'') exceptionnels, éléments qui sont au centre de la cérémonie du thé.

L’époque pré-moderne: naissance de la porcelaine japonaise

Au début de l’ère Edo (1603-1868), le Japon élabore sa propre porcelaine, grâce à la découverte d’une argile blanche, le Kaolin, dans les environs d’Arita (région du Kyûshû). Les premières pièces de porcelaine d’Arita, également appelée "Imari", sont très proches du style des pièces chinoises et coréennes. Elles présentent en effet des motifs sous couverte en bleu de cobalt, des décors réalisés à partir d’émaux, à dominante rouge ou avec des incrustations d’or. Les motifs, qui rappellent ceux des textiles de l’époque, relèvent majoritairement du registre iconographique animalier et floral. Deux styles de porcelaine d’Arita acquièrent une grande popularité grâce à la beauté et à la finesse de leur décor: ce sont les porcelaines "Kakiemon" et "Nabeshima" qui sont considérées comme les plus remarquables du Japon. A la fin du XVIII ème siècle apparaît également à l’Est un style de porcelaine appelé "Kutani" qui présente une grande sobriété. Les "Kutani" les plus originaux sont appelés "Ao Kutani" car ils sont enduits d’une couverte de couleur verte. Ils présentent souvent des motifs typiquement japonais, comme des éventails

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 Assiete à décor d'éventails "Ko Kutani " Type  "Ao Kutani "

L’époque moderne et contemporaine: de redécouvertes en réinventions

Si pendant l’ère Meiji (1868-1912) l’artisanat potier japonais connaît un certain déclin, il retrouve assez rapidement son dynamisme sous l’impulsion d’artisans issus de grandes familles de céramistes qui redécouvrent leurs traditions ancestrales et perpétuent leur savoir-faire, imitant le style de leurs prédécesseurs ou, pour certains, mettant ces techniques traditionnelles au service d’un véritable art céramique à part entière. Au début du XX ème siècle, Yanagi Sôetsu, un grand collectionneur passionné d’art, a également donné un nouveau souffle à l’artisanat céramique japonais en démontrant la beauté et la profondeur des simples pièces utilitaires populaires, façonnées par la main d’artisans anonymes. Sous son égide, de grands céramistes modernes, comme Hamada Shôji, vont créer des pièces exceptionnelles, s’inspirant de la céramique populaire. Par la suite, de nombreux artistes vont s’adonner au façonnage et à la décoration de l’argile et élever la céramique au rang d’art véritable. Si certains poursuivent la création d’objets comme les "Chawan", dont ils réinventent les formes et les couleurs mais en préservant les techniques de fabrication traditionnelles, d’autres choisissent la sculpture afin de permettre à la céramique d’exprimer toute sa richesse et de déployer son potentiel artistique.

DRIMART Paris affectionne tout particulièrement la céramique contemporaine d’exception à travers les oeuvres raffinées et originales de l’artiste Andoche Praudel et celles de Yoshitaka Tsuruta. Une invitation au voyage et au rêve...

  Vase Andoche 800x400   Vase Tsuruta 800x400

  Andoche PRAUDEL. Vase              Yoshitaka TSURUTA. vase à engobe blanc

Sources :

MUNSTERBERG Hugo, The Ceramic Art of Japan: A Handbook for Collectors. Tuttle Publishing. 1964.

SHIMIZU Christine, Le grès japonais. Massin. 2001.

 

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