''L’or, métal précieux et rare, a toujours fasciné les hommes par sa beauté et son lustre éternel''.
Musée Yasue de la feuille d’or - Kanazawa

L’or est un métal noble aux propriétés quasi magiques. A la fois d’une grande solidité et facile à travailler, il éblouit par son extraordinaire brillance et fait fi des outrages du temps. En Asie, et plus particulièrement au Japon, il fait partie intégrante de l’art à la fois religieux et profane et se décline sous des formes et sur des supports très diversifiés. 

kinpaku Sanbushoku

Parmi ses différentes formes, la plus appréciée des artisans et artistes japonais est sans aucun doute la feuille d’or (« Kinpaku »). Le Japon est d’ailleurs réputé pour produire les feuilles d’or les plus fines du monde. La ville de Kanazawa, célèbre pour la qualité de ses feuilles d’or et d’argent depuis la fin du XVIème siècle, produit 99% des feuilles utilisées au Japon. Elles portent le nom de « Kanazawa Haku » et ont été désignées produit traditionnel national en 1977.

Une feuille d’or se compose en réalité d’un alliage de plusieurs métaux (or, argent, cuivre), ce qui lui assure la solidité nécessaire à son exploitation. Il existe des feuilles d’or de différents coloris, selon le pourcentage de métaux qui entrent dans leur fabrication. Ainsi les « Sanbushoku » (également appelées « Aokin », qui signifie littéralement ''Or vert'') sont appelées ainsi en raison de la teinte verdâtre que leur donnent les 25% d’argent qui complètent les 75% d’or pur qui les composent. Une grande variété d’autres feuilles, d’argent ou de cuivre, sont aussi très exploitées dans l’art japonais et constituent un matériau économique qui présente une grande variété de coloris.

Paravent

         Anonyme. Le Dit du Genji. ''Méditations poétiques sur la perte d’un être cher''. Or sur paravent.

Les feuilles d’or les plus pures restent cependant les plus prisées des artistes et artisans d'art, qui les utilisent de manière variée, soit telles quelles ou transformées en une poudre appelée « Kindei » qui, mélangée à de la colle et à de l’eau chaude, forme une pâte dorée.

L'or constitue un élément central de l’art pictural japonais depuis l’Antiquité. Dès l’ère Heian (794-1185), les feuilles d’or ou la peinture à l’or ornent les rouleaux illustrés, les paravents et les panneaux coulissants. Dans la peinture japonaise classique, l’or sert principalement de fond voire de support sur lequel sont appliqués des motifs colorés ou des bancs de nuages qui suggèrent des changements de temps et de lieux et qui produisent un effet de perspective. Ce style de peinture figurative évoque une atmosphère onirique et un luxe raffiné, très apprécié des grands seigneurs du Japon féodal.    

L’or, métal éternel, fut également largement utilisé dans l’art religieux, pictural et la statuaire bouddhique. La technique utilisée est celle du « Kirikane » (''feuilles découpées''), où plusieurs feuilles d’or sont superposées, offrant une solidité qui permet de les découper à l’aide d’un couteau en bambou afin de réaliser des motifs géométriques variés.

Buddha                         Waka

     ©Asaba Buddhist Art Studio. Kannon. Décor « Kirikane ».                                          « Waka ». Début du XII ème siècle. Décor  « Haku Chirashi ».

La technique du « Kirikane », dont l’utilisation est attestée au Japon dès le VIIème siècle, est aussi très appréciée des artisans laqueurs pour apporter luxe et éclat à leurs créations. Une variation de cette technique, appelée « Haku Chirashi » permet de créer des motifs irréguliers en « déchiquetant » les feuilles d’or que l’on disperse, telle une pluie d’or. Les laqueurs mettent également l’or à profit lorsqu’ils créent leurs fameux « Maki e » (''images saupoudrées'') réalisés en transformant les feuilles en une poudre que l'artiste applique sur des motifs peints ou des supports laqués.

L’or pare, depuis des siècles, de nombreux objets d’art japonais dont les peintures, sculptures, laques, céramiques mais aussi papiers de calligraphie et textiles.

Aujourd'hui, l’art culinaire l’utilise dans la pâtisserie et les boissons, ainsi que le secteur de la beauté qui vante ses vertus revitalisantes et l’insère dans différents produits pour la peau, crèmes, masques ou même vernis à ongles.

Au Japon, l’artisanat de la feuille d’or demeure donc très épanoui et de nombreux artistes, classiques ou contemporains, lui accordent une place importante au sein de leurs oeuvres. L'or finalement traverse le temps. Il semble éternel, immuable et intemporel s’accordant aussi bien à la pieuse démarche d’ornementation d’une statue de Bouddha qu’à celle, innovante, d’un peintre contemporain à la recherche de nouveaux modes d’expression.  

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              ©Sei Arimori. ''Landscape''. Peinture et feuilles d’or. 2009.                                    ©Akane Yamamoto. ''Papillons''. Verre et feuille d’or, décor « Kirikane ».

 Sources:

An Illustrated Dictionnary of Japanese-Style Painting Terminology. Japanese Painting (Conservation), Graduate School of Fine Arts, Tokyo University of the Arts.

http://web-japan.org/niponica/niponica14/fr/feature/index.html

 

 

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