‘’Travaillant à même le sol, sur la peinture, dans la peinture, faisant corps avec elle, le peintre s’émerveille de n’être plus qu’un véhicule entre le monde et l’oeuvre’’. Yiching CHEN, maître de « Nihon Ga ».

OgataKorin

Kôrin Ogata (école Rinpa). Paravent à décor de chrysanthèmes blancs. XVII ème siècle.

Le terme « Nihon Ga » désigne la peinture traditionnelle japonaise qui se caractérise principalement par l’utilisation de pigments et de matériaux d’origine naturelle. Ses thèmes qui rendent hommage à cette Nature si chère aux yeux des Japonais sont bien souvent des paysages bucoliques peuplés de fleurs, d’oiseaux et rythmés par la danse des saisons. Le peintre de « Nihon Ga » n’est pourtant pas à la recherche d’un réalisme absolu, à travers sa démarche d’appréhension de la Nature, il tend davantage vers l’expression d’une sensibilité qui lui est propre. Un produit de la Nature, perfectionné par la tradition.

Si le terme « Nihon Ga » est un néologisme apparu au milieu du XIX ème siècle afin de distinguer la peinture japonaise de la peinture occidentale, l’art pictural est au Japon le produit d’une longue histoire. Au VII ème siècle, la peinture japonaise doit beaucoup à son voisin chinois et s’inspire de ses techniques et de ses thèmes; pourtant les artistes japonais se réapproprient rapidement l’art pictural et l’adaptent à leur propre sensibilité. L’ère Heian (792-1185) est l’âge d’or de cette peinture, appelée « Yamato E », qui se concentre sur des thématiques typiquement japonaises tels que les paysages célèbres ou les grands romans de Cour. Après la domination durant la majeure partie des XIII et XIV èmes siècles de la peinture à l’encre, fortement influencée par les codes esthétiques du Bouddhisme Zen, la peinture polychrome et ornementale connaît un nouvel essor. Dès le XVI ème siècle, la peinture devient une ornementation architecturale de premier choix et répand ses nuages d’or et d’argent sur les paravents, murs et panneaux coulissants des demeures des riches seigneurs féodaux. C’est d’ailleurs à cette époque qu’est fondée la plus célèbre école de peinture japonaise: l’école Kano qui se caractérise par son style ostentatoire où domine le motif doré. Durant l’ère Edo (à partir de 1600), une nouvelle école apparaît: l’école Rinpa qui présente un style plus épuré et qui encourage ses disciples à privilégier leur sensibilité dans l’acte de création tout en respectant la tradition. Au XIX ème siècle, la peinture occidentale entre au Japon et est rapidement érigée en tant que modèle pour les jeunes artistes. En réaction à cela, la peinture traditionnelle japonaise génère un regain d’intérêt et de nombreux peintres s’emploient à réaffirmer sa valeur. Des artistes modernes, comme Yokoyama Taikan, créent de nouveaux styles et lui insufflent une grande vitalité. Les artistes contemporains de « Nihon Ga » sont les héritiers de cette riche histoire et des innovations artistiques de leurs ainés. En perpétuelle quête de nouvelles sources d’inspiration, ils créent des oeuvres d’une grande expressivité, au symbolisme fort, tout en utilisant avec humilité les techniques, matériaux et outils traditionnels.

AyataKatsuyoshiAyata Katsuyoshi. Jukyô. 2005

Ce qui fait l’originalité du « Nihon Ga », ce sont surtout les matériaux utilisés lors de l’élaboration des oeuvres. Ceux-ci se doivent d’être naturels et de grande qualité. Traditionnellement, les pigments servant à colorer les tableaux sont de plusieurs sortes: d’origine minérale, extraits de pierres semi-précieuses (le vert-de-gris « Rokushô », constitué de Malachite réduite en poudre), de terre ou encore de coquillages concassés (« Gofun », extrait de coquilles d’huîtres) ou encore d’origine végétale, provenant de fruits. Ces pigments se présentent sous forme de poudre, dont l’épaisseur détermine les variations de couleur, et sont liés par une colle appelée « Nikawa ». L’encre de Chine, ainsi que des métaux précieux comme l’or ou l’argent sous forme de poudre et de feuille sont également utilisés pour décorer les oeuvres.

Le support le plus apprécié des peintres de « Nihon Ga » est le célèbre papier japonais, « Washi », qui offre une solidité et une longévité uniques. La soie à peinture, la toile et le bois sont également utilisés. Les outils sont eux aussi d’origine naturelle et de qualité supérieure: il existe une grande variété de pinceaux de différentes largeurs.

Devenir un peintre de « Nihon Ga » accompli demande un apprentissage long et complexe qui nécessite de maîtriser les nombreuses techniques permettant de réaliser des oeuvres d’une grande richesse. Chaque technique, de celles qui permettent de réaliser des dégradés à celles permettant d’obtenir des effets de matière, porte un nom particulier et requiert des outils ainsi qu’un tour de main très spécifiques. Le « Nihon Ga » est un art et un mode d’expression aux multiples facettes, qui allie respect de la Nature, dextérité du geste, vivacité d’imagination et surtout une sensibilité particulière qui donne à l’oeuvre son caractère raffiné et poétique. Une matière vivante qui se réinvente sans cesse.

DRIMART Paris vous invite à découvrir la mystérieuse beauté du « Nihon Ga » à travers l’exposition ‘’Jardin de fleurs’’ du Maître de peinture japonaise traditionnelle, Aya Abe. Artiste de renommée internationale, Aya Abe est passionnée par une fleur, le « Glorosia », une orchidée grimpante aux pétales superbes et complexes, qui est sa source principale d’inspiration. Ses oeuvres sont créées dans le respect des techniques anciennes, mais l’artiste transcende la tradition en apportant son expression personnelle contemporaine.   « Jardin de Fleurs » est une invitation au voyage des sens dans l’univers subtil de Aya Abe, une promenade colorée et raffinée dans le jardin artistique de ses oeuvres florales!    

Exposition « Nihon Ga » ‘’Jardin de fleurs’’ d’Aya Abe à l’agence BNP Vouillé Brancion - 26 rue de Vouillé 75015 Paris - du 6 juin au 20 juillet 2017. Entrée libre aux horaires de l’agence du mardi au samedi.

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Aya Abe. Playing between design and impromptu. Papier « Washi », pigments naturels, « Gofun », feuille d’argent, encre. 2008.

Sources:

Yiching CHEN. Découvrir la peinture nihon-ga. Art traditionnel japonais. Eyrolles.

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